Les trois textes finalistes 2020

Les comités de sélection de jeunes de l’espace CESAME ont élu les trois textes finalistes, qui concourent pour le Prix Esther 2020 :

  • Taxiwoman de ÉRIC DELPHIN KWÉGOUÉ
  • Et après ? de Marylin MATTEI
  • Inoxydables de Julie MÉNARD

1. TAXIWOMAN – ÉRIC DELFIN KWÉGOUÉ

Avec Taxiwoman, l’auteur nous embarque dans un RÉCIT conduit par Gaël. Les personnages viennent au gré des épisodes puis repartent. Ça permet à l’auteur de prendre toutes les libertés avec le style. Il peut raconter, faire de la poésie, s’arrêter dans l’histoire, commenter, son personnage mène les opérations et nous entrons en immersion dans son histoire.

Beaucoup de romans sont écrits à la première personne et à chaque fois le procédé donne au lecteur l’impression de connaître davantage le personnage principal. 

Questions des jeunes à l’auteur :

1 – Est-ce que vous vous êtes inspiré d’une histoire vraie ?

Plutôt inspiré par deux histoires vraies. La première, c’est l’histoire de la toute première femme à conduire des camions, ça date des années 1980. Et la deuxième histoire, celle d’une homosexuelle. Elle était danseuse. Elle s’est installée en France. 

2 – Est-ce que Gaëlle va retourner un jour en AFRIQUE pour retrouver sa famille ?

Évidemment, elle finira par retourner. Mais après avoir fait un certain nombre d’années loin de chez elle. 

Entre 5 à 10 ans, pour ce qu’on appelle les réfugiés politiques. 

Un proverbe africain dit : « L’enfant ne meurt jamais dehors ». Pour dire: Où que l’africain aille dans le monde, à la fin de sa vie, il finit toujours par rentrer vivre ses derniers jours dans sa terre natale.  

3 – Est-ce que vous pensez que l’homosexualité va être acceptée un jour en Afrique ? Comment se passe la lutte contre l’homophobie : est-ce qu’il y a des associations ? Que fait la police ? L’état ?

Je pense qu’il faudra encore beaucoup de temps. Au Cameroun par contre, il y a des associations de défense des homosexuels. Il y a même des avocats aujourd’hui qui sont spécialisés sur cette question. La police obéit aux ordres de l’État et l’homosexualité est un délit passible de 6 mois à 2 ans de prison, avec une amende allant de 200.000 à 2.000.000 francs CFA. 

4 – Est-ce que vous avez voulu dénoncer la corruption avec le personnage de l’éléphant ? L’éléphant est-il un personnage réel ? Qui vous a inspiré ce personnage qui s’enrichit grâce à la guerre ?

Oui oui le personnage de l’éléphant c’est pour dénoncer la corruption qui gangrène le pays. C’est devenu un véritable fléau, la corruption. Non ce n’est pas un personnage réel. Il est un symbole. Une figure négative. On a des exemples comme ça dans la société camerounaise. Des gens dont on dit qu’ils se sont enrichis pendant la guerre. J’ai voulu par la même occasion questionner l’imaginaire. Qu’est-ce qui peut pousser un humain à profiter du malheur des autres ? Pour moi, ces gens sont des véritables personnages que le théâtre doit employer. 

5 – Nathan va-t-il devenir comme son père ? 

Ah oui, le personnage de Nathan, c’est le prototype de l’enfant obéissant. Il finira surement comme son père. C’est aussi le cliché des hommes riches qui manipulent leurs enfants. Le père revit à travers son enfant. Si c’était le cas contraire, Nathan n’aurait jamais accepté de faire ce qu’il est en train de faire, au vu de son diplôme. Il y a aussi derrière ça, la question de l’héritage, qui est une question fondamentale dans les familles fortunées. 

6 – Est-ce que vous écrivez toujours sans ponctuation ? A la première personne ? Comment sont vos autres pièces ?

Depuis quelque temps j’ai décidé d’expérimenter l’écriture sans ponctuation, surtout quand il s’agit des personnages aussi complexes. Des personnages qui se cherchent. Des personnages obstinés. Je trouve que la construction de ces personnages ne doit pas être définie. Dans la structure du conte, chez-nous la troisième personne symbolise le protagoniste qui va atteindre son objectif, j’ai donc voulu m’approprier cela au théâtre. Mes quatre dernières pièces sont un peu semblables. Sans ponctuation ou juste avec des barres (/). Dis-leur qu’actuellement au Théâtre du 8ème à Lyon, il y a ma dernière pièce qui est en train d’être jouée. La dernière c’est samedi. Ils peuvent jeter un coup d’œil sur le programme et voir les photos. Le Titre : Nekros ou l’épreuve avant la fin.

7 – Comment imaginez-vous la mise en scène ? En monologue ? Plusieurs personnages ?

Je suis également metteur en scène. Mais quand j’écris, je ne me mets jamais à la place du metteur en scène. Maintenant que j’ai pris du recul avec la pièce, si on me disait de la créer, je pense que j’utiliserais plusieurs personnages, 3 serait pour moi l’idéal. Deux femmes et homme. Il y aura Gaël, qui jouera son rôle. La deuxième femme jouera tous les rôles féminins et l’homme fera tous les rôles masculins. 

8 – Où avez-vous écrit la pièce ? En Afrique ou en France ?

J’ai écrit la pièce quand j’étais en résidence au Théâtre la Ferme Godier à Villepinte (Banlieue parisienne) suite à un prix que j’avais reçu et justement j’ai passé une semaine chez une amie qui vivait en face de la gare de Saint-Denis. 

ET APRÈS ? MARYLIN MATTEI

La pièce est le deuxième volet d’un TRIPTYQUE sur le thème de la radicalisation : 

  1. Le premier s’appelait L’ENNEMI INTÉRIEUR et on suivait des nationalistes. 
  2. Le deuxième ET APRÈS ? sur l’après-djihad
  3. Le troisième n’est pas écrit encore.

L’autrice nous a raconté l’origine de la pièce. Elle s’est beaucoup documentée sur le djihadisme, sur la radicalisation et toutes les étapes de déconditionnement. Les trois volets n’ont pas de rapport entre eux, c’est la thématique qui les relie. Nous ne saurons pas comment Jonas, Emma, Franck et Hélène parviennent à vivre après ce traumatisme. 

C’est un HUIS-CLOS : les personnages sont enfermés et on a le sentiment qu’ils ne peuvent plus sortir sereinement, le monde du dehors est devenu hostile et le monde du dedans n’est pas plus serein.

Pourquoi Jonas est parti ? Ce n’est pas la question qui a intéressé l’autrice mais plutôt l’observation de l’après-traumatisme. 

Les traumatismes de la guerre sont omniprésents dans l’histoire et impactent chaque membre de la famille qui réagit de façon différente. 

Il y a une volonté de traiter le sujet par l’humour en poussant les personnages dans des réactions extrêmes (le père) ou pathétiques (le couple). L’autrice nous a dit que les parents provoquaient les rires, comme les clowns du drame.  

Le plus célèbre des huis-clos théâtral, c’est la pièce de Jean-Paul Sartre : HUIS-CLOS. 

INOXYDABLES – JULIE MÉNARD

Ça commence par un coup de foudre ! D’ailleurs, dans ce texte, tout va vite : l’amour, la musique, la fuite, il vaut mieux avoir du souffle pour suivre les deux héros dans leurs péripéties.

L’ambiance est punk-rock, la musique est omniprésente.

C’est court, punchy et ça se termine par un bébé, comme un miracle, parce que c’était plutôt mal parti. La grande réussite de ce texte c’est de rester « léger » et avec une distance humoristique même quand l’ambiance se fait lourde et grave.

  • Dans quel pays se passe l’histoire ?

Inoxydables est le nom du groupe ? Dans quel pays se passe l’histoire ?

Je n’avais pas pensé qu’Inoxydables était le nom du groupe mais c’est une bonne idée. Le groupe qui a composé les chansons qui sont dans le texte s’appelle Phanttom. Et le groupe qui a joué dans la mise en scène de Maxime Mansion s’appelle Klone. Le pays d’où vienne les héros n’est pas nommé mais ça pourrait être l’Afghanistan ou la Syrie. 

La pièce se termine en Europe et qu’elle commence dans un pays qui n’est pas sur ce même continent.

Le texte m’a été inspiré par l’histoire d’un garçon qui a vécu quelques temps chez moi. Khalil qui est afghan et qui avait 17 ans quand je l’ai rencontré. J’ai aussi été très inspirée par une petite vidéo trouvée sur youtube qui parle d’un couple de jeunes musiciens syriens en exil : 

  • Quelle est l’origine de Mia ?

Je comprends que vous me posiez cette question puisque la pièce joue avec cette confusion. Au début, le spectateur pense que les héros sont dans une ville de France et au moment de l’annonce du départ, sa perception change. On comprend que les héros viennent d’un autre pays et que leur destination c’est l’Europe. 

C’était important pour moi que les pays d’arrivée des personnages du groupe soient cités. L’Italie, L’Angleterre et sans doute la France pour Mia et Sil…Parce que c’est en Europe que nous n’accueillons pas dignement les personnes qui migrent. 

  • Pourquoi écrire cette histoire ? Que se passe-t-il selon vous après la fin ? La mise en scène comment la voyez-vous ?

Cette pièce est le fruit d’une commande du festival En Actes à Lyon. Je devais écrire une pièce sur un sujet d’actualité. A ce moment de ma vie, un jeune homme venu d’Afghanistan logeait chez moi. Il venait d’arriver en France et il avait vécu des choses très difficiles. Pour moi c’est un vrai super héros. Il me racontait des choses terribles mais en gardant aussi son sens de l’humour. Comme les deux amoureux de la vidéo You tube citée plus haut et que je vous invite à regarder. 

Il me semblait évident que je devais essayer de parler de ce sujet :  le courage de ces personnes en quête d’une vie meilleure. Et aussi de la difficulté de ce voyage. Ces difficultés étant décuplées à cause des politiques menées par les pays européens. Aujourd’hui la solidarité est devenue un délit. 

Donc j’ai écrit cette pièce pour rendre hommage à ces gens, et aussi en étant très en colère de la façon dont ils sont traités. 

J’ai voulu que le spectateur s’attache à ces personnages comme à des amis. Et qu’il soit en empathie complète avec eux dans la deuxième partie.

La fin pour moi est ouverte…Ils vont continuer à faire leur musique…comme ils peuvent…car c’est ce qui les tient debout. Et ils vont avoir un enfant…Et un enfant c’est quand même souvent une source d’espoir. 

La pièce a été mise en scène deux fois. Une fois par Maelle Poésy et une fois par Maxime Mansion. Les deux mises en scène sont très différentes mais je les aime énormément toute les deux.

Elles tiennent beaucoup sur l’interprétation des acteurs et actrices. Le focus est sur eux. Le décor est très épuré. Et la musique évidemment à un rôle important. 

  • Pourquoi « Inoxydables » ? Zozio il existe ? il est sur scène ?

« Inoxydables » est un titre qui a été trouvé par mon amoureux quand je lui ai lu la pièce pour la première fois. Et je trouve que ça va hyper bien à un texte qui parle d’un groupe de rock métal.

Inoxydable se dit d’un métal qui résiste à l’oxydation. Que rien ne peut altérer. Les héros de la pièce ont cette force-là.

Et pour l’oiseau, hélas non il n’est pas sur scène, il est soit représenté par un oiseau en plastique noir ( dans la mise en scène de Maelle ) soit dans l’imagination des acteurs   ( dans celle de Maxime ). 

Dans toutes mes pièces il y a une allusion à un oiseau. Ce qui est bizarre car j’ai plutôt peur des oiseaux..

  • Est-ce que le groupe existe et si oui, c’est quoi le nom du groupe ?

Alors PhanTTom a écrit les musiques qui ont accompagnées le texte. 

Le groupe Klone est le groupe qui joue sur scène dans la mise en scène de Maxime Mansion. 

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