L’insécurité linguistique

Le Prix Esther vise à faciliter l’accès à la langue française pour « toutes les personnes chez qui les mécanismes de relégation comme de non participation à la vie sociale produisent une insécurité linguistique ».

Qu’est-ce que l’insécurité linguistique ?

Pour Michel Francard (1993), nous sommes en insécurité linguistique lorsque nous prenons conscience d’une distance entre notre manière de nous exprimer en langue française (à l’oral ou à l’écrit) et LA manière que nous reconnaissons comme légitime :

  • soit parce que c’est celle de la classe dominante (pratiques linguistiques propres à la classe dominante).
  • soit parce que c’est celle d’autres communautés où l’on parle un français « pur », non abâtardi par les interférences avec d’autres sources.
  • Soit parce que c’est celle utilisée par les détenteurs de LA norme véhiculée par l’institution scolaire (style correct et soigné).

Ainsi,  l’insécurité linguistique résulterait d’une quête non aboutie de légitimité.

Ce concept traduit notre rapport au monde, notre sentiment de légitimité ou d’illégitimité qui peut s’exprimer différemment en fonction de la variété des situations sociales que nous vivons.

Les manifestations de l’insécurité linguistique

Les manifestations les plus couramment observées sont :

  • l’hyper correction : correction « à outrance » de traits que nous identifions comme stigmatisés dans notre langage; réactions fortement négatives envers certains des usages linguistiques hérités dont on tente de se défaire.
  • l’auto (d)évaluation : dépréciation de nos usages linguistiques, dévalorisation de nos productions orales et écrites.
  • le mutisme, dans les cas extrêmes : stratégie d’évitement de toutes les situations où nous devrons utiliser la langue française. La honte et la peur nous contraignent à renoncer, à nous isoler.

Les enjeux de l’action

L’espace cesame est un EDI labélisé par la Région Ile de France qui accueille 100 jeunes par an sur Cergy-Pontoise. Ces jeunes, très majoritairement sortis du système scolaire peu ou pas qualifiés, arrivent après une période d’inactivité. Ils sont plus de la moitié à vivre dans un réseau social isolant, composé en quasi totalité de leurs proches. Nous observons des résistances/incapacités à saisir les opportunités que nous leur proposons. Ils ont une sociabilité exclusivement orientée vers l’intérieur (sédentarisation).

Malgré des compétences sociales et professionnelles validées en EDI (amabilité, ponctualité, rigueur, sérieux, motivation…), ils restent coincés dans une auto-évaluation négative (j’y arriverai pas, je suis nul, je suis trop timide, je suis bloqué…) et trop préoccupé par le regard ou les réactions des autres (j’ai peur qu’on se moque de moi, j’ai peur de m’afficher, de me faire engueuler…) pour parvenir à affronter de nouvelles situations à l’extérieur du centre de formation. Ils se plaignent de fatigue chronique, s’angoissent vite jusqu’à développer des maladies et/ou des stratégies d’évitement qui les isolent jusqu’à disparaître de l’espace public.

Face à ces constats, l’espace cesame propose de mettre en place une nouvelle action culturelle , le prix esther, avec un programme ambitieux pour préparer les jeunes à affronter sereinement les épreuves qu’ils auront à vivre pour réussir à concrétiser positivement leur insertion professionnelle. Pour qu’ils retrouvent une ambition socialisante.

 

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